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L’église Saint Jean-Baptiste et son retable

Construite dans la première moitié du XIIIᵉ siècle, l’église Saint-Jean-Baptiste de Carrières-sur-Seine présente une architecture sobre, caractéristique des édifices paroissiaux ruraux. Sur l’un des piliers de la nef figure la date 1618, rappelant l’ajout d’une nef latérale voûtée en berceau à l’époque moderne.

Malgré sa discrétion extérieure, l’église conserve la mémoire d’un patrimoine rare, façonné par les siècles, les accidents, les destructions évitées et les renaissances successives et a longtemps abrité un trésor exceptionnel du Moyen Âge, qui fait aujourd’hui sa renommée bien au-delà du territoire carrillon…

Eglise Saint-Jean-baptiste de Carrières-sur-Seine

Le retable médiéval : un chef-d’œuvre du XIIᵉ siècle 

L’église Saint-Jean-Baptiste est surtout célèbre pour son retable roman, un bas-relief daté du deuxième quart du XIIᵉ siècle (vers 1125–1150). Il s’agit de l’un des plus anciens retables conservés en France et d’un témoignage remarquable du premier art gothique. 

Réalisé en pierre de liais, probablement polychrome à l’origine, ce retable est composé de trois scènes sculptées en haut-relief, disposées dans l’ordre suivant : 

L’Annonciation 

(partie gauche) 

La Vierge en Majesté, 

portant l’Enfant Jésus sur ses genoux et tenant un livre ouvert (partie centrale) 

Le Baptême du Christ 

par saint Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain (partie droite) 

reproduction du retable de l'église Saint-Jean Baptiste de Carrières-sur-Seine

Reproduction du retable de l'église Saint-Jean Baptiste de Carrières-sur-Seine

 

L’ensemble est encadré par un décor sculpté raffiné : au sommet, des édifices symbolisent la Jérusalem céleste ; sur les côtés, des rinceaux peuplés de petits personnages animent la composition. 

 

Une découverte fortuite et une histoire mouvementée 

Le retable est découvert en 1838, de manière totalement fortuite, par des ouvriers effectuant des travaux dans l’épaisseur d’un mur de l’église. Il avait été dissimulé pendant la Révolution française, vraisemblablement pour le soustraire aux destructions et à la confiscation des biens religieux. 

Malheureusement, après sa découverte, l’œuvre connaît une série de péripéties : laissée à l’abandon derrière un confessionnal, elle est vendue illégalement en 1845 par le curé de la paroisse, Jocelyn de Montesson, à un antiquaire parisien, le sieur Joyaux, pour la somme de 130 francs. 

À la suite d’une plainte déposée par le maire de l’époque, M. Racte, le retable est restitué à la commune le 14 août 1848 après un procès. Classé Monument historique en 1862, il intègre finalement les collections du musée du Louvre en 1915, où il est aujourd’hui conservé. 

Une copie en pierre, réalisée par le sculpteur carrillon Jean-Marie Dit Moisson, a été installée dans l’église en 1999, afin de restituer l’œuvre dans son contexte architectural d’origine. 

 

Le clocher et les transformations du XXᵉ siècle 

L’histoire de l’église est également marquée par un événement spectaculaire. En 1933, le sol s’effondre au pied du pilier soutenant le clocher, fragilisé par la présence d’une ancienne carrière souterraine. Le pilier, resté miraculeusement en équilibre, impose une décision radicale. 

Le clocher est démoli, puis reconstruit en béton en 1936 (reconstruit dès 1935 pour un montant de 123 000 francs, financé pour moitié par la commune et pour moitié par les paroissiens, grâce au dévouement de l’abbé Louis-Philippe). Un coq parachève l’édifice.

En 1980, le toit en béton est à son tour démoli et remplacé par un clocher en ardoise, plus fidèle à l’aspect ancien. Les contreforts et le cadran du baromètre disparaissent, les baies du clocher sont modifiées, et le porche ajouté après 1905 est supprimé. 

Eglise Saint-Jean Baptiste en 1933

Eglise Saint-Jean Baptiste de Carrières-sur-Seine en 1933

 

Le mobilier et la vie intérieure de l’église 

Autrefois richement dotée, l’église possédait de nombreux éléments de mobilier : lustres, chaises, prie-Dieu, grilles de chœur, autels et chaires en bois sculpté. Une grande partie de ces éléments a aujourd’hui disparu, tout comme les tableaux du chemin de croix. 

 

Eglise Saint-Jean Baptiste de Carrières-Sur-Seine

Eglise Saint-Jean Baptiste de Carrières-Sur-Seine

 

Subsistent notamment : 

le tableau de Saint Jean-Baptiste, 

la copie sculptée du retable, installée dans la nef, 

et le souvenir d’un décor intérieur autrefois foisonnant. 

 

Le presbytère

Vendu comme bien national en 1792, le presbytère est racheté en 1862 par le curé Chevalier. À sa mort, en 1865, la commune devient propriétaire du bâtiment, assurant ainsi la continuité de son usage et de sa conservation. 

 

Vue aérienne de l'Eglise Daint-Jean Baptiste de Carrières-sur-Seine

Vue aérienne de l'Eglise Saint-Jean Baptiste de Carrières-sur-Seine

 

Un rebondissement inattendu en 2021 

L’histoire du retable connaît un nouvel écho en 2021, grâce au don à la Ville d’une aquarelle réalisée en 1898 par l’architecte Louis Alfred Gaultier. Ce document, transmis par sa petite-fille Françoise Gaultier, conseillère municipale déléguée au Patrimoine historique et au Tourisme, constitue un relevé d’architecture précis du retable. 

Cette aquarelle offre un témoignage précieux des couleurs d’origine de l’œuvre, confirmant que le retable était bien polychrome. À l’époque médiévale, la peinture avait autant une fonction protectrice pour la pierre de liais qu’un rôle esthétique. 

Retable Carrières-sur-Seine

 

 

Coordonnées

31 rue Gabriel Péri
78420
Carrières-sur-Seine